Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 14:20

 

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L'hiver est là... Dans les esprits aussi, malheureusement... Casse-cou de pratiquer l’utopie à plus de cinquante ans, c’est presque grotesque... La vie du moment ressemble à une sortie en apnée, on touche le fond,  on remonte… On coule à nouveau… Revoilà déjà la surface...  Je commence un peu à fatiguer, l'âge sans doute? Je commence à ME fatiguer et également, à faire tartir les autres, enfin, je crois... Pourtant, malgré la brume, je perçois un îlot, une faible lueur vacillante qui tremblote à l'horizon, pas encore la bonace mais quelque chose qui lui ressemble.
               Il est temps pour moi de poser mes valises, elles sont de toutes façons  pleines de pierres lourdes, de choses inutiles, de choses cassées : des regrets, des actes manqués... Comme tout le monde, enfin, je présume ? Tant d'énergies gaspillées en colères stériles… Paradoxalement, cette idée possède le don de me foutre en rogne une fois encore ... Décidément c’est indécrottable.  Pourtant, je sens qu'il me faut passer à autre chose, l'indignation gratuite panachée  d’une immobilité réprobatrice, voici l’une des plaies contemporaines.
               A vouloir trop bien faire, j’ai trucidé le petit môme qui était en moi, enfin, sérieusement amoché... L'auberge de l'amiral Benbow est fermée et Jim Hawkins prend le métro... Long John Silver se cherche des amis sur Face book en attendant la retraite.... L'île au Trésor s’est paumée dans les vapeurs du quotidien... Pourquoi? Par paresse, Pour trop de complaisance envers d’insipides impostures... Les gentils se font manger par les anthropophages du "tous les jours", surtout quand les gentils sont indolents... Dans la glace, le matin, j'ai recherché mon reflet disparu comme Peter Pan a perdu son ombre. Seulement, à la différence de Peter, lorsque Wendy veut recoudre mon ombre, je me carapate... Finalement, la plus belle prison qui puisse exister, c'est celle que l'on se bâtit soi-même...
           Heureusement, ou malheureusement, je ne saurai jamais? Me reste l'écriture, l'alignement des signes qui jalonnent mon existence... Mais je dois prendre garde, à trop marcher dans la marge, je finirai par me casser définitivement la gueule entre les interlignes.
           Le pire dans l'histoire, c'est que le fait banal de se plaindre me parait des plus indécent, elle est commode finalement la place de victime, elle rassure, elle dédouane le vieil adolescent bien au chaud dans son quotidien. Mieux vaut refaire le monde sur le papier qu'en prenant des risques, pas vrai? C'est un vieux fond qui reste de mes jeunes années de révolte. C'est tellement plus facile d'être sur le banc de touche à critiquer ceux qui s'efforcent de jouer... L'aigreur des cinquantenaires, c'est pire que la mort prématurée. C'est une agonie qui peut prendre des décennies...
           Alors, il faut trancher... S'évader des lieux communs, travailler chaque jour à s'assumer tel que l'on est. Les écrivassiers  maudits finalement sont des types emmerdants. C'est toujours l'éternelle histoire du verre à moitié plein ou du verre à moitié vide, mais si tu regardes le verre sans y toucher, tu ne sauras jamais : grand cru ou arsenic? Mieux vaut savoir, sinon tu te contentes de piquette et tu as des aigreurs d'estomac pour l'éternité...
           Il y a des gens tièdes, et ils sont très heureux ainsi, pourquoi pas? Il n' y a pas de recettes miracles pour le bonheur. Et puis, il y a les "Islandais", terre de feu et terre de glace, volcans et glaciers... Je suis un "Islandais" qui s'est efforcé à la tiédeur depuis des années… Pour peu de choses, par négligence ou par crédulité, certainement. Je ne fais le procès de personne dans ce constat, c'est un constat personnel et je plaide coupable. Le plus navrant est de constater que mon entourage, enfin ce qu'il en reste... N'est pas des plus heureux de me voir ainsi... Par commodité ou par un curieux et anachronique sens de l'honneur, j'ai fait le vide autour de moi, enfin lorsque je dis sens de l'honneur, c'est certainement une litote de plus pour qualifier ce que l'on peut appeler une certaine forme de pétoche. Le comble de l'orgueil, c'est certainement de vouloir jouer délibérément les modestes. Voyez comme je suis affligé. Regardez comme je suis amer de m'être immolé sur l’autel poussiéreux du  nivelage quotidien... Les Saints devaient être de sacrés égocentriques! Enfin, Saint n'est pas un qualificatif adéquat en ce qui me concerne.
           Les autres... Ils me font peur finalement... Toujours ce souci d'être évalué, mal jugé ou ignoré peut-être? Mais aller vers les autres, n'est-ce pas prendre un risque ou aller vers une découverte qui peut-être parfois intéressante? La solitude n'est acceptable que lorsqu'elle est librement consentie et pour un temps déterminé. La relation à l'autre doit se cultiver mais c'est certainement la chose la plus difficile à faire dans notre société.
           Alors ma foi. va pour  l'Islandais, avec la glace et le feu, des doutes et des certitudes, des moments d’accords magistraux librement assumés, des tiédeurs soporifiques, des gelées qui  nous laissent presque agonisant, ce que certains nomment tout simplement la vie.

Salut les gens !

Par Nomade polygraphe - Publié dans : Des gens... - Communauté : mémoire et écritures
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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 14:29

 

 

Chamnord by night2Les Stigmates du Pérégrin.

Délivrance.

 

 

                        Le maillage serré des néons emprisonne la cité. Suppurants, abcès béants et ulcères fumants, ils surgissent de l’ombre puis caricaturent la figure des passants, grimace grotesque des faces passives.

                        Depuis le périphérique Nord jusqu’à la frontière subjective du ghetto, en Occident, ils amarrent l’infime fringale de rêve aux trottoirs du réel. La pluie délave de son côté la masse des utopies.

                        La ville, les murs mêmes avalent les expressions, les rires et les cris, mais les néons de la cité, eux, ont une mission : ils enchaînent la conscience et lui imposent la soumission. Et l’averse, remède ou poison, dilue la métropole…

                        Il y a bien longtemps les hommes se sont affranchis de leur servitude, ils se sont mis à réfléchir, à bouger, à parler. Beaucoup décidèrent que même la vie devait avoir un début et une fin. Le provisoire… Ce qui donne du prix aux choses… Être en sursis, c’est avoir la conscience sans artifice d’un être de chair et de sang.

                        Je m’élance sur le périphérique désert, je hurle à la nuit. Loup des steppes. L’existence est faite pour la mêlée. Les sens en éveil, l’instinct flaire le vent qui foisonne de tribulations multiples.

                        L’instinct demeure…

                        J’explose les néons de la cité, je retrouve l’obscurité concrète et la clarté naturelle de la lune.

                        Un cycle se termine, voici la rencontre, je suis vivant parmi les autres. J’ai effacé minutieusement mes années d’esclavage. Ainsi, je me retrouve et je reste au cœur des choses, parmi les humains. Le flux des saisons coule en moi, il me nourrit, il me guide.

                        Le cercle sacré des feux éclaire la tribu. Une parole, un chant, une vie !


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Lundi 25 octobre 2010 1 25 /10 /Oct /2010 18:31

 

 

Les Stigmates du Pérégrin

Massif de l’Akakus.

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                        Une ride de quartz dans un néant inconnu. Il est toujours midi ou minuit. Dans les pauses éphémères, de minuscules insectes font éclore la turbulence, un éclat métallique balayé d’insolentes buées. Une pierre brasille, unique et sans pareille, le repentir du désert est futile. La dune est brune sur l’une de ses facettes ; recherchant quelques extravagances, elle donne le rythme des cycles par sa métamorphose. Les hommes buvaient le thé sous s  on aile à l’ère des grands monarques, un souffle rare et puissant vibre d’un horizon à l’autre. Le clou de cuivre est planté dans la voûte. Les insectes ternis s’envolent… Poudre de silice dans mes yeux pétrifiés…

 


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Samedi 23 octobre 2010 6 23 /10 /Oct /2010 19:31

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Lumière rasante.

 

            Nous nous parlons souvent de cette rivière du Cantal un soir d’été 1975.

Des vieilles femmes en fichus bleus inévitables devisent à bâtons rompus d’une rive à l’autre. Les conversations jamais ne se terminent ni ne commencent véritablement.

            La lumière rasante des sursauts crépusculaires sur les gravières impénétrables donne à nos pensées un peu de cette mélancolie bienveillante qui aujourd’hui nous semble puérile.

            Beaucoup d’étés se sont-ils véritablement noyés depuis les gorges de la Cère, les odeurs minérales dans le vent de Jussac, les proverbes et les réflexions ; ce banc tiède qui domine le bief?... Quelles fabuleuses chimères avons-nous trop souvent délaissées pour nous trouver ce jour si harassé ?...

            Des routes vaines nous en avons parcouru maintes fois – sourires ! – baisers  !  et nous avons appris à ne plus nous étonner de rien !

             Mais au coucher du soleil, nous voici réunis pas des câbles invisibles et nous nous sommes souvenus…

            Ainsi reviennent les rivières, les soirs d’été, quand s’étiole la mémoire.

            J’aurai au moins tenté d’éveiller en nous la lumière rasante des sursauts crépusculaires sur nos vies impénétrables…

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Vendredi 22 octobre 2010 5 22 /10 /Oct /2010 18:32

 

 

1 1259615990 bombay-au-petit-matin Les stigmates du Pérégrin.

Éveil.

 

            Le ronronnement des voitures derrière la haie touffue au sommet de la côte, au tout début d’un jour d’octobre : cette présence indélicate dans l’immobilité citadine, ces lamentations comme pour inciter à la remise en mouvement. Stérile agitation dont je redoute l’appel péremptoire.

            En guise de rébellion, je tente désespérément de me replonger dans l’oasis salutaire du sommeil dérobé.

            À cette heure, l’odeur du café est aussi réconfortante, aussi aguicheuse que la chaleur de la chambre. Mais il y a, agrippés sur ces sensations, cet imperceptible grondement, ces sommations susurrées, le sentiment confus d’un devoir ennuyeux à accomplir, la répétition imbécile d’un mécanisme superflu.

            Tout est rite, tout est cérémonie dérisoire comme une noria insensée abreuvant sans relâche la fuite du temps.

            C’est pourquoi le ronronnement des voitures derrière la haie touffue au sommet de la côte se mue en vociférations opiniâtres.

            L’ouïe l’emporte sur l’odorat. Le toucher, sensation égarée et bannie de notre occident vertueux et pudibond se délite. La chaleur de la couette se fait étouffante, diabolique métamorphose… Les senteurs tropicales du café deviennent arômes anonymes et domestiques.

            Je me lève, vaincu une nouvelle fois par l’adversité urbaine…

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