Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 22:01

 

Gustave Le Rouge

 

Qui n’a jamais cédé aux charmes des boîtes de bouquinistes ?

Au cours d’une flânerie parmi les braderies de l’été, le long d’un quai… Ballades nostalgiques au creux des « cimetières de papier »… Mais le terme de nécropole n’est guère approprié, il me plaît de penser qu’il s’agit plutôt de mystérieux mausolées, mastabas énigmatiques où des milliers de pages dorment d’un œil, attentives à ce qu’on les remarque…

Ces excursions pour ceux qui comme nous nous mêlons d’écriture constituent également une belle leçon de modestie… Comme d’anciens navires qui bourlinguèrent sur tous les océans du monde voilà le dernier lieu où s’échouent nos idées, nos élucubrations et nos rêves… Le temps nivelle tout et surtout nos idéaux et nos rêves de reconnaissance, foin des lumières de la célébrité… La boîte des bouquinistes, le panthéon des rêveurs…

Mais le métier de bouquiniste mène à tout et, parfois singulièrement à celui d’écrire, qui connaît la fameuse série de Claude Izner sur les enquêtes de Victor Legris ne me contredira pas… Derrière ce nom d’auteur se cachent deux sœurs qui furent bouquinistes, comme quoi, l’influence de ses objets magiques que sont les livres perdure dans le temps…

Un arrêt… Un regard… Nous feuilletons l’ouvrage défraîchi, et déjà, le vieux livre est ouvert et recommence l’aventure oubliée, les personnages en léthargie dans nos mémoires affairées s’éveillent pour de nouvelles péripéties, expéditions jaunies à l’odeur indéfinissable… Celle des bibliothèques de communales… Le parfum des années écoulées…

Aussi ces chroniques intemporelles, c’est tellement beau et rare l’intemporalité…. Permettront de retrouver des auteurs connus ou inconnus des lecteurs et surtout des éditeurs, manipulateurs de médias avides de sensationnel, aussi vite monté en épingle que déjà oublié… Gustave Le Rouge ouvre ce bal des délires. Bienvenu à lui à la brocante aux chimères…

En ce début du 20è siècle, Le Rouge fut un polygraphe, auteurs de nombreux livres dans tous les genres, poésies, romans de cap et d’épée et surtout l’un de ces auteurs prolifiques de feuilletons pour les journaux parisiens, Ah ! L’âge d’or de la presse… Loin d’Internet, la joie simple de retrouver son feuilleton quotidien… Monté à Paris pour ses études, ce fils de la bourgeoisie fait tous les métiers pour se consacrer à sa passion : Ecrire…

Mais arrêtons là, sa biographie…

Le trésor de papier découvert dans une obscure boutique se compose de deux tomes : Le prisonnier de la planète mars et la guerre des vampires… On ne peut résumer ce délire insensé qui laisse au rancard les plus inconcevables projets des Spielberg et autres Tim Burton, d’ailleurs Gustave Le Rouge adapté par Tim Burton, voilà qui serait intéressant…

Il serait fastidieux d’énumérer l’œuvre de Le Rouge, créateur du mystérieux et diabolique Docteur Cornélius, l’inventeur de la « carnoplastie », précurseur des marchands de rêves que sont les chirurgiens esthétiques….

 Depuis quatre-vingts ans, les admirateurs de G. Le Rouge tiennent Le prisonnier de la planète Mars (et sa suite, La guerre des Vampires) pour son chef-d’œuvre. C’est aussi certainement le plus bizarre de tous les romans inspirés par la planète rouge. Grâce à l’énergie psychique dégagée par plusieurs milliers de fakirs rassemblés dans un monastère de l’Inde, Robert Darvel est projeté sur Mars. Il y découvre une vérité interplanétaire : la race la plus civilisée est la plus cruelle. Sur cette planète hallucinée, où la vie est un cauchemar à peine interrompu par le jour, les humains servent de cheptel à leurs maîtres, les vampires. Lesquels rendent le même service aux plus raffinés et aristocratiques d’entre eux : des pieuvres volantes, géniales et invisibles. Mais les Invisibles eux-mêmes tremblent devant le mystère caché par la montagne de cristal…

Belle préfiguration de ce qu’est devenue notre civilisation, vous ne trouvez pas ?

À l’opposé d’un Jules Verne qui a pour seule ambition d’écrire le roman de la science – et parfois celui de la géographie – Tout comme Alexandre Dumas écrit celui de l’Histoire. Le but de Gustave Le Rouge est plus insondable et plus obscur… Il met à en jeu la mode de l’ésotérisme qu’adopte l’intelligentsia de la Belle époque… Ses délires firent de Gustave Le Rouge un auteur reconnu par les surréalistes entre les deux guerres… Il fut l’ami de Verlaine et de Blaise Cendrars qui en parle dans son ouvrage « L’Homme foudroyé » de manière littéraire, il est vrai…

À notre époque où l’on est effrayé pour la moindre fantaisie, peurs orchestrées par les différents pouvoirs en place ou passés… En ce début de 21ème siècle où le lissage permanent des émotions et des cultures est devenu un mot d’ordre devant l’absolutisme du « politiquement correct », je reste confondu devant l’extravagance et la fantaisie des auteurs « populaires » de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, il est vrai que nous confondons maintenant populaire et populisme et c’est un grand tort….

À noter que certaines petites maisons d’édition relèvent le défi fou de rééditer occasionnellement d’anciens romans d’auteurs oubliés, ce fut le cas pour les aventures du docteur Cornélius… Merci à eux, ils nous montrent que tout n’est pas perdu…

Voilà pour ce jour, la flânerie est terminée, mais les beaux jours vont bien revenir et avec eux les braderies et les foires aux vieux papiers… De quoi alimenter la brocante aux chimères, notre goût pour la singularité et nos envies d’ailleurs…

Bien des aventures nous attendent, et comme j’habite tout au nord de ce vieux pays dans ces Flandres françaises habitées par le fantastique et le merveilleux, comptez sur votre serviteur pour continuer ces pérégrinations sur la ligne ténue qui sépare l’irrationnel du quotidien…

Amitiés

Par Nomade polygraphe - Publié dans : Brocante aux chimères
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Samedi 14 novembre 2009 6 14 /11 /2009 19:37
 


 

Où il est dit que malgré leur plumage, les hommes ne sont pas des Phénix...

 

 

On retourne souvent vers ces racines. Nous sommes des Prométhées modernes, nous n'avons

pourtant droit qu'à un nombre limité de résurrections... C'est ce que vous apprend la cinquantaine. Le Phénix est éternel, il a le choix entre faire un nombre incalculable d'erreurs ou être un dieu omniscient et infiniment sage... Pas nous...

Mes racines chevauchent une frontière qui n'existe que sur le papier... Un pied en Belgique, un pied dans le Nord de la France, cette région qui se donne de faux airs d'Angleterre avec ses vieilles usines qui disparaissent et ses murs de briques... Cet endroit qui est bien plus subtil, plus ambigu que ne peut le laisser croire un succès de cinéma si attendrissant fut-il. Cet endroit, c'est chez moi, l'endroit où je suis né et certainement celui où je vais mourir. C'est pourquoi j'écris ces lignes qui ne sont ni histoire, ni chroniques, des lignes qui ne portent pas de nom, comme cette région qui n'est pas la Belgique, mais qui n'est déjà plus la France...

C'est une série de ballades impromptues que je vous propose, une ballade par le biais des rêveurs (ils sont innombrables, ici), des « écrivants ». Pour quelles raisons? Peut-être tout simplement vous montrer les nuances imperceptibles des ambiances et des sentiments de cette contrée où se côtoient le pire et le meilleur.

Pour les citoyens belges, la « Belgitude » n'existe pas, ce terme se révèle même péjoratif, paradoxalement, je suis plutôt d'accord avec eux. Mais, je n'ai pas ce scrupule en ce qui me concerne, ma qualité de frontalier, ma mère est née près de Gand et y a vécue toute sa petite enfance, m'autorise à parler de ma « Belgitude » à moi.

Un sentiment de compréhension et de communion pour un état d'esprit, une atmosphère indéfinissable, celle d'un pays que l'on dénigre souvent, mais qui intrigue toujours...

Bienvenue donc dans ma « Belgitude » personnelle... Certes, on pourrait croire qu'à l'instar des vrais apaches éprouvant du mépris pour les « sang-mêlé », les natifs de Namur ou de Coxyde ressentiront une sainte colère envers cette initiative. Ce serait mal connaître ces gens, souvent dépeints comme un peu « lourds » à travers les médias prodigues en clichés. Bien au contraire, les Belges ont très souvent la finesse de s'amuser de ces fadaises, ils s'en servent au contraire pour mieux surprendre le visiteur et souvent l'émerveiller.

Je n'aborderai pas le problème des communautés, car là n'est pas le propos. De plus, ma famille comporte à parts égales des Flamands et des Wallons, et je n'ai jamais entendu parler de vendettas particulières dans la saga de ma tribu. Donc «Flamons »  ou « «Wallands », moi ce qui m'intéresse ce sont les gens...

A l'heure où j'écris, le pâle soleil de novembre s'estompent déjà... Le ciel est doré... Comme une dernière politesse avant la nuit... Les briques sont roses ou plutôt carmin... Ce n'est pas Liverpool, ni Anvers, un mélange des deux peut-être? Qui mieux que Camille Lemonnier peut dépeindre la Flandre?

« Toutes les routes, en Flandres, mènent à des beffrois, à des églises, à des hôtels de ville, à des tombeaux ; elles longent d'actives rivières, des canaux dormants, des campagnes où lèvent le chanvre, le colza, le froment et le lin comme le symbole des races ; et elles vont à la mer. Tous les chemins en Wallonie, conduisent à la bure, à la carrière, à la fabrique et au laminoir ; des bois, des roches, des champs noirs les bordent : et ils se perdent au coeur profond de la terre »La Vie Belge – 1888)

Même si le pays est moderne, la toile de fond est immuable, rien n'a véritablement changé. De la fenêtre de ma chambre lorsque j'étais petit, c'était ce même paysage que je contemplais, cristallisation de ces minuscules tranches de vie...

« Enfants, nous dessinions dans la buée des vitres :

notre doigt les ouvrait ainsi.

Les traversait peut-être comme seul un chat

peut encore s'y obstiner. » Francoise Delcarte – Levée d'un corps d'oubli sur un corps

de mémoire.

Voilà, le décor est planté, j'y reviendrai, souvent... Encore un bon moment...

Rappelez-vous, j'ai mangé mon crédit... Il me faut utiliser le temps qui m'est imparti au mieux, alors, je flâne, c'est ce que je sais faire de mieux, il paraît...

La prochaine fois, je vous parlerai de l'eau, si présente ici, la mer et les cours d'eau, lorsque tout se confond et s'exalte en lumière...

 

 

Par Nomade polygraphe - Publié dans : Un pied de chaque côté...
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