Dimanche 22 novembre 2009 7 22 /11 /2009 14:29

 

                                           

 

Eh toi ! Vieux caillou aux reflets de matin rose

Aux  jardins intérieurs de basalte poli

Aux caves humides et sombres qui bâillonnaient les cris

Des fers chauffés au rouge en  guise de sursis

Tes chaloupes font des rides au front de l’océan

Tes ruelles sont des pièges aux visiteurs surpris

Des clichés de vacances aux  senteurs estivales

Tes chaloupes font des rides au front de l’océan

 

Wolof, mon frère, jeune planteur d’arachides

Qu’est devenue ta femme ?

As –tu pu la pleurer ? Comme un chant du Cap Vert…

Gorée, mon calvaire, la fin de ma vie.

 

Lébou, mon cousin, pêcheur de la presqu’île

Qu’est devenu ton fils ?

As-tu pu le revoir ? Comme un soleil de mai …

Gorée, ma misère, la fin de mes années.

 

Eh toi ! Vieille île bossue aux parfums de souffrance

Tes arcades ont la courbe des femmes immobiles

Des matins d’ambre clair du printemps africain

Du suc capiteux des ombres du Castel

Mon île aux vérandas aux senteurs atlantiques

Aux malheurs étouffés qui remontent aux mémoires

Mon île aux cachots sombres aux soupirs retenus

Mon île de « bois d’ébène », mon île de misère

 

Peul, mon ami, Foulas, Foulani, Foulbé ou Poulos

Qu’est devenue ta mère ?

As-tu pu l’embrasser ? Comme un rêve oublié…

Gorée, mon histoire, l’entaille de mon destin.

 

Toucouleur, fier gardien du fleuve Sénégal

Qu’est devenue ta fille ?

As-tu pu  l’enterrer ? Comme tes prières d’espoir…

Gorée, mon chagrin, le bout de mon chemin.

 

 

Eh toi ! Vieille pierre d’océan aux espoirs renaissants

Aux écoles tranquilles dans la douceur du vent

Au musée de la mer en vitrines de rêves

Aux mouillages paisibles en prélude à l’enfer

A l’abri des murailles de l’océan sévère

A la saveur flétrie d’une époque maudite

Ma pierre au poids terrible aux lourdeurs de chaînes

Aux mouillages paisibles en prélude à l’enfer.

 

Et j’écris là moi j’écris sans rien penser

Dessinant la misère sur mon papier couché

Et j’oublie mon histoire et j’oublie mon passé

Dessinant le malheur sur un papier glacé.

 

Sèrère, cultives-tu toujours la terre de tes pères ?

Voyageur Saracolès, fondateur d’empire

Qu’est devenue ta vie ?

As-tu pu oublier ? Comme les chagrins d’enfants…

Gorée, ma référence, l’empreinte de mes pas.

 

Diola, l’indépendant, forestier de l’esprit

Bassari, montagnards, arpenteurs de pistes

Qu’est devenue ton âme ?

As-tu pu pardonner ? Comme les charitables…

Gorée, ma brûlure, le gel de mes veines.

 

Eh toi ! Vieille pierre trempée dans l’eau salée

Aux vagues atlantiques, aux marées d’amertume

Thierno Seydon Sall, le poète errant

Coura Sarr, la lingère de la poésie et des crevettes

Massamba Guèye, le conteur éternel

Tous ces témoins modernes de la nouvelle Afrique

Eh toi vieille île rose aux anneaux de métal

Moi, l’homme blanc, le français,

Si tu le peux, un jour,

Puisses-tu me pardonner…

 

Par Nomade polygraphe - Publié dans : Ici et là... - Communauté : mémoire et écritures
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