Presque 2012... Nouvel aspect... Nouveau Départ ou Nouvelle arrivée, qui
peut savoir...
Dans tous les cas, je ne vous dis pas Bonne Année, débrouillez-vous pour
que l'année soit bonne, c'est de votre ressort... Ajoutez un peu de sel dans vos vies si vous les trouvez fades. Vivez quoi!
Et pour vous bande de petits canaillous... Champagne! (enfin virtuel,
hein! Il ne faut pas exagérer...)
Étonnantes créatures : « Zoo zwart als en neckker… Aussi noir qu’un
Neckker… »
Il y a quelques
années, j’avais entrepris la rédaction d’un feuilleton à épisodes : « Le chant du Neckker ». Les saisons ont passé, le chant s’est tu
progressivement, devenant peu à peu murmure imperceptible, mais, avec les étonnantes créatures on ne peut jamais savoir ?
Van Gennep dans
son excellent ouvrage « Folklore de la Flandre et du Hainaut Français » note que pratiquement la totalité des êtres fabuleux qui fréquentent nos contrées appartient sous
différentes appellations à l’imaginaire du monde. Ce sont les chalands de la très cosmopolite Brocante aux chimères où j’aime à me promener.
Le Nekker ou
Necker est un des représentants des vieux esprits de l’eau qui hurlent
dans la nuit pour terrifier les promeneurs crépusculaires, de très vieux démons qui surgissent entre les branches des arbres ou que l’on trouve confortablement installés sur les barrières des
domaines.
Ils sont d’origine
germanique. Grimm les considérait avant toute chose comme des esprits de l’eau tels les neptuni du Moyen Age.
Daemon
aquaticus… Singulier compagnon qui a laissé sa trace au détour des ruelles de cette Flandre où j’habite… Le Nekkerspoel à Malines en Belgique, la tour du Nekkerstore à Bergues, la rue du
Nekker à Zegerscappel, etc…)
Le Nekker que
j’évoquais dans mon sombre récit sévissait à Bergues. Une ville bien différente de la cité riante du bien trop célèbre film que je n’évoquerai pas ici. Une Flandre plus digne de
Hieronymus Bosch que de la vivante contrée à laquelle je suis habitué, quoique…
Dans son
entreprise d’épouvante, notre vieux démon possède des alliés précieux…
Dans la région du
Mont Cassel les grands-mères pour calmer les morveux indomptables les menacent du Kludde !
Kludde !
Émule de Protée ! Roi de la métamorphose, il peut être arbrisseau et grandir jusqu’à devenir gigantesque. Chien noir dans l’ombre disparaissant dans l’obscur des ruelles d’ici… Il devient
alors oiseau fantastique et prend son envol en poussant son cri glacé dont son nom est tiré : Kludde… Kludde…
Par ici vit cet
étonnant bestiaire, vous êtes libre de ne pas y croire, mais il est bien dommage de ne pas souscrire à la saveur de l’effroi. Et… Si vous passez par nos cantons un soir d’hiver quand souffle le
vent de novembre dans les branches des saules. Vous entendrez « den verlooren Jagher : le pas du Chasseur égaré… ». Il s’est mis en chemin… Et… Si vous apercevez deux
petites flammes bleues dans les fourrés alors que retentit un hurlement terrible sur le canal, vous aurez beau fermer les paupières et vous bouchez les oreilles, vous avez un rendez-vous. Nekker
et Kludde vous attendent…
En claquant la porte vermeille…
Longue presqu'île du Lio-tung
Je songe, nostalgique à ses soeurs soleils
Lu-Shun… Lu-Shun…
A ces déesses, les prêtresses d’ailleurs
Pourvoyeuses d’oubli…
A cet endroit humide et sombre où la fleur de sommeil
Fait voyager sur une natte
Dans la fumée de velours sale
Elle…
Wee-Lee Song, de Shanghai
Larmes salées pour la ballade…
Le ciel frissonnera peut-être sur les marins désenchantés,
Vers les lointains de Mandchourie
Je sais que jamais, jamais, je ne reviendrai…
C’est un siècle de fer qui commence et le feucommence à gagner.
Cargaisons de métal sous pavillon de complaisance.
Fusils Springfield contre indulgences…
Au large de la mer de Bismarck…
Pandora est longue et féline
Sur le pont du catamaran
Filles de safran qu’on imagine
Prenant le thé Hôtel Bellerive, conversations nonchalantes…
Lin froissé… ombrelles blanches…
Jamais, je ne regarde en arrière
Elle sait que je suis déjà parti
Pandora souhaiterait autre chose… Ou quelqu’un…
Amarrer son destin en remorque, en partance vers demain.
Elle ne me demande rien
Et je ne suis pas curieux…
On quitte parfois la table
Avec un maître atout en main… Trois reines et trois couleurs…
Pandora Groovesnore… Les patios de Bougainville…
Une odeur de jasmin…
Le ciel frissonnera peut-être sur les pontons désertés
Vers les hauts fonds des Salomon
Je sais que jamais, jamais, je ne reviendrai…
C’est un siècle de fer qui commence et le feu commence à gagner.
Cargaisons de métal sous pavillon de complaisance.
Fusils Springfield contre indulgences
Pont du Rialto…
En quittant la chambre diaphane
Palazzo Camerlenghi
Je pense à son ventre corail
Louise… Louise…
L’émigrée polonaise, la Belle de Milan
Cambrée sous les lambris, les lustres de dentelle
Le tango est un cri d’amour sur l’infini
J’emporte dans les yeux
Les heures de soie… les volutes d’un cigare…
Louise Brookszowic, la belle de Milan…
J’entends dans le lointain les cris du carnaval…
Le ciel frissonnera peut-être sur les canaux désenchantés,
Vers les rivages de la lagune
Je sais que jamais, jamais, je ne reviendrai…
C’est un siècle de fer qui commence et le feu commence à gagner.
Cargaisons de métal sous pavillon de complaisance.
Fusils Springfield contre indulgences…
Qui n’a jamais cédé aux charmes des boîtes de bouquinistes ?
Au cours d’une flânerie parmi les braderies de l’été, le long d’un quai… Ballades nostalgiques au creux des « cimetières de papier »… Mais le terme de nécropole
n’est guère approprié, il me plaît de penser qu’il s’agit plutôt de mystérieux mausolées, mastabas énigmatiques où des milliers de pages dorment d’un œil, attentives à ce qu’on les
remarque…
Ces excursions pour ceux qui comme nous nous mêlons d’écriture constituent également une belle leçon de modestie… Comme d’anciens navires qui bourlinguèrent sur
tous les océans du monde voilà le dernier lieu où s’échouent nos idées, nos élucubrations et nos rêves… Le temps nivelle tout et surtout nos idéaux et nos rêves de reconnaissance, foin des
lumières de la célébrité… La boîte des bouquinistes, le panthéon des rêveurs…
Mais le métier de bouquiniste mène à tout et, parfois singulièrement à celui d’écrire, qui connaît la fameuse série de Claude Izner sur les enquêtes de Victor
Legris ne me contredira pas… Derrière ce nom d’auteur se cachent deux sœurs qui furent bouquinistes, comme quoi, l’influence de ses objets magiques que sont les livres perdure dans le
temps…
Un arrêt… Un regard… Nous feuilletons l’ouvrage défraîchi, et déjà, le vieux livre est ouvert et recommence l’aventure oubliée, les personnages en léthargie dans
nos mémoires affairées s’éveillent pour de nouvelles péripéties, expéditions jaunies à l’odeur indéfinissable… Celle des bibliothèques de communales… Le parfum des années écoulées…
Aussi ces chroniques intemporelles, c’est tellement beau et rare l’intemporalité…. Permettront de retrouver des auteurs connus ou inconnus des lecteurs et surtout
des éditeurs, manipulateurs de médias avides de sensationnel, aussi vite monté en épingle que déjà oublié… Gustave Le Rouge ouvre ce bal des délires. Bienvenu à lui à la brocante aux
chimères…
En ce début du 20è siècle, Le Rouge fut un polygraphe, auteurs de nombreux livres dans tous les genres, poésies, romans de cap et d’épée et surtout l’un de ces
auteurs prolifiques de feuilletons pour les journaux parisiens, Ah ! L’âge d’or de la presse… Loin d’Internet, la joie simple de retrouver son feuilleton quotidien… Monté à Paris pour ses études,
ce fils de la bourgeoisie fait tous les métiers pour se consacrer à sa passion : Ecrire…
Mais arrêtons là, sa biographie…
Le trésor de papier découvert dans une obscure boutique se compose de deux tomes : Le prisonnier de la planète mars et la guerre des vampires… On ne peut résumer ce
délire insensé qui laisse au rancard les plus inconcevables projets des Spielberg et autres Tim Burton, d’ailleurs Gustave Le Rouge adapté par Tim Burton, voilà qui serait intéressant…
Il serait fastidieux d’énumérer l’œuvre de Le Rouge, créateur du mystérieux et diabolique Docteur Cornélius, l’inventeur de la « carnoplastie », précurseur des
marchands de rêves que sont les chirurgiens esthétiques….
Depuis quatre-vingts ans, les admirateurs de G. Le Rouge tiennent Le prisonnier de la planète Mars (et sa suite, La guerre des Vampires) pour son
chef-d’œuvre. C’est aussi certainement le plus bizarre de tous les romans inspirés par la planète rouge. Grâce à l’énergie psychique dégagée par plusieurs milliers de fakirs rassemblés dans un
monastère de l’Inde, Robert Darvel est projeté sur Mars. Il y découvre une vérité interplanétaire : la race la plus civilisée est la plus cruelle. Sur cette planète hallucinée, où la vie est un
cauchemar à peine interrompu par le jour, les humains servent de cheptel à leurs maîtres, les vampires. Lesquels rendent le même service aux plus raffinés et aristocratiques d’entre eux : des
pieuvres volantes, géniales et invisibles. Mais les Invisibles eux-mêmes tremblent devant le mystère caché par la montagne de cristal…
Belle préfiguration de ce qu’est devenue notre civilisation, vous ne trouvez pas ?
À l’opposé d’un Jules Verne qui a pour seule ambition d’écrire le roman de la science – et parfois celui de la géographie – Tout comme Alexandre Dumas écrit celui
de l’Histoire. Le but de Gustave Le Rouge est plus insondable et plus obscur… Il met à en jeu la mode de l’ésotérisme qu’adopte l’intelligentsia de la Belle époque… Ses délires firent de Gustave
Le Rouge un auteur reconnu par les surréalistes entre les deux guerres… Il fut l’ami de Verlaine et de Blaise Cendrars qui en parle dans son ouvrage « L’Homme foudroyé » de manière littéraire, il
est vrai…
À notre époque où l’on est effrayé pour la moindre fantaisie, peurs orchestrées par les différents pouvoirs en place ou passés… En ce début de 21ème siècle où le
lissage permanent des émotions et des cultures est devenu un mot d’ordre devant l’absolutisme du « politiquement correct », je reste confondu devant l’extravagance et la fantaisie des auteurs «
populaires » de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème, il est vrai que nous confondons maintenant populaire et populisme et c’est un grand tort….
À noter que certaines petites maisons d’édition relèvent le défi fou de rééditer occasionnellement d’anciens romans d’auteurs oubliés, ce fut le cas pour les
aventures du docteur Cornélius… Merci à eux, ils nous montrent que tout n’est pas perdu…
Voilà pour ce jour, la flânerie est terminée, mais les beaux jours vont bien revenir et avec eux les braderies et les foires aux vieux papiers… De quoi alimenter la
brocante aux chimères, notre goût pour la singularité et nos envies d’ailleurs…
Bien des aventures nous attendent, et comme j’habite tout au nord de ce vieux pays dans ces Flandres françaises habitées par le fantastique et le merveilleux,
comptez sur votre serviteur pour continuer ces pérégrinations sur la ligne ténue qui sépare l’irrationnel du quotidien…
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Centrale d'énergie éclectique garantie sans pollution d'esprit ni radiations cocardières...Nomadisme et polygraphie, Rat de bibliothèque ou useur de godasses... Passant des villes et flâneur des champs, toujours à contre-temps...