Sur la route...

Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 20:35
rimbaud-par-verlaine1


«Les hommes sont des poèmes écrits
par leur destin » Al Maari



Arthur, marcheur-murmure



La couleur d’une ombrelle
A taché l’ocre du souk
Echassier de légende, tu aimerais
T’affranchir de l’horizon.
Va ! Parcours l’immense domaine
Où tu es englué !
Sans te douter, sans même imaginer
Qu’il y a dans tes poches
Le trésor rutilant de tes pensées nomades.

Pattes de mouche et bruits de bottes
«Merde à Dieu » écrivais-tu.
Tu iras loin,
Tu iras loin…
La prochaine fois…

Les peintres de Byzance sont à l’abri des remparts.
Traceurs des pistes d’or.
Sur la carte précieuse de la Rimbaldie
Un homme écrit en marchant.
Psalmodiant doucement, c’est la marche-murmure.
En décembre, à Milan, s’envole Vitalie
Sous ton crâne rasé se déchirent les cris.

Retourne à l’Orient ! Piéton céleste.
Toi, dévoreur d’hémisphères, brûle ta vie !
Aden, Harrar, la même poussière de rêves !
Avec tes larmes et tes espoirs.
Le « millionnaire en poux » d’une saison d’enfer.

Dans ton regard s’allument les pourpres d’Ethiopie.
L’empereur Ménélik te donne l’amitié.
Mais là-bas vers la côte
S’avance ta litière.
Une illumination te dévoile Marseille…
Toi, l’absolu poète, chanteur de l’œuvre-vie.
Déjà se montre l’heure de la fuite…

Pattes de mouche et bruits de botte
« Merde à Dieu » écrivais-tu.
Tu iras loin,
Tu iras loin…
La prochaine fois…
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /2009 18:26



Le long des quais et le long des bassins, ils retiennent la houle par leurs ancres, figés…

A l’heure violine de la blessure du jour, étalant leurs coques pansues comme d’indécents prélats, ils exhalent les senteurs sauvagines et embaument de vapeurs océanes la ville stupéfaite.

Mais la lune les fait mystérieux comme des fantasmes – avec leurs ombres bleues, mouvantes et geignardes – Le long des quais et le long des bassins…

Et pendant que la vague s’étire comme une chatte satisfaite, que de promesses terribles et que de chants d’adieu, entre les ombres bleues, mouvantes et geignardes…

La maille des filets des chaluts assoupis entrave les étoiles du nord.
Les cris plaintifs dans le ciel sombre, les oiseaux gris et blancs aux ailes immobiles, sculpture éphémères…

Les clapotis invisibles où se perdent les heures désespérées et, dans le néon des bars, - les récits monotones des voyages accomplis.
Mais, comme ils craquent les vieux rafiots de tôle rapiécée, que de solitude et que de traversées blêmes dans le roulis léger qui donne un air d’ivrogne…

Et comme ils sont éteints les hublots rivetés – Les hublots aveuglés, la cécité d’une vie sans bois et sans collines – Où sur la passerelle luisante, le pas du capitaine martèle le présent…

Souvent, bien entendu, ils intriguent, les vieux rafiots au bord du temps…
Lorsque pour exalter leurs aventures rouillées au strass de pacotille, les touristes émus les dévorent des yeux.

Avec leurs grues d’acier comme des mains levées, ils semblent alors – les vieux rafiots, au bord du temps – des morceaux de bravoure dans l’océan du quotidien.

Le long des quais et le long des bassins, ils retiennent la houle par leurs ancres, figés…

Et quand le matin froid se pointe à l’horizon sur ce décor de cinéma, ils se redressent comme des vaisseaux de guerre ; jusqu’à la période
tapageus
e , où dans l’agitation vaine des hommes, le paysage étrange retombe dans un anonymat industriel, comme une scène de déjà vu, au journal de vingt heures…

Alors toute la magie s’efface, toutes les odeurs empestent et dérangent…
Seul, un jeune garçon observe, avec dans le regard des envies d’horizons frais et de ciels neufs.

A l’heure mandarine de la montée du jour…
Le long des quais et le long des bassins, ils retiennent la houle par leurs ancres, figés…

Les cargos…
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /2009 20:39
Je tracerai les mots nouveaux
Issues de saisons oubliées
A cette époque vos cr
is rapaces
Etaient pour tous paroles sacrées
Vous suiviez toujours la vision…
Des fumerolles, petites fumées…
Fragment de rêv
e est la raison
Vous arpentiez d’autres contrées.

Vous ménagiez la vieille mère
Conscience claire du passager…
Pesant le temps et la
poussière
Dans vos balances d’horloger
Ici palpitait la sagesse
La joie de vivre et l’éphémère
Ici vivaient les êtres humains
Ombres du ciel et de la terre.

Des missionnaires empesés
Vous infligeaient qu’il était l’heure
De la honte, des génuflexions
Le temps de l’indicible peur
Vous privaient du vent des prairies



Les crucifix en bandoulière
Brisaient les plaisirs de la vie
Et vous connaissiez la misère

Les ventres bleus qui rient trop fort
Au milieu du cercle enfumé
Piétinent et embrassent la mort
Pour les fiançailles des damnés
Vous ignoriez le mot mépris
Malgré la longue marche
Pour vous, frères, vivre a un prix
Etre en guerre, c’est être lâche…

Vous nous chantiez en ces temps arides
Les chants de la terre en éveil
Le cœur ardent et l’esprit vide
Debout ! Pour la danse du soleil
Vos traditions entre vos mains
Regards brillants dans la poussière
Ici vivaient les êtres humains
Ombres du ciel et de la terre

Je tracerai les mots nouveaux
Issues de saisons oubliées
Je pousserai mon cri rapace
J’écouterai… Paroles sacrées…

Loin du bruit, du monde et du tumulte
Je suivrai toujours la vision
Fumerolles, petites fumées…

Loup…
Renard…
Faucon dans le ciel…
Saumon dans le torrent…
Ici, je vis comme un humain
Ombres du ciel et de la terre…
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Lundi 30 novembre 2009 1 30 /11 /2009 18:35




Train des enfants grinçant sous le ciel de neige
Nez rouge et joues glacées.
L’ouest et décembre se sont estompés
Pour cette fois nous resterons ici.

Dans Buda
Les balcons crâneurs

Qui se penchent sur la rue
Contemplent le ballet, mais se tairont… Toujours…
Le vieux dans l’abribus
Regarde passer sa vie.
Tout est en place rien à redire…

Train des enfants grinçant sous le ciel de cendre
Nez rouge et joues glacées.
Le vent et les souvenirs se sont confondus
Pour cette fois nous resterons ici.

C’est dans Pest endormi qu’il me faudra marcher
Bibliothèque Ervin Szabó
Sous les lambris dorés, je cherche tes empreintes
En vain… Mutisme de la multitude…
Le vieux dans l’abribus soupire…
Une buée légère…

C’est à Kerepesi qu’il te faudra aller
Si tu veux lui parler…
Il ne répondra pas, il ne répond jamais…
Il dort depuis longtemps dans ce jardin fantasque
Au bord d’excentriques allées

Dans Buda
Les balcons crâneurs
Qui se penchent sur la rue
Ecoutent encore un temps les accords de Franz, et se tairont… Longtemps…
Le vieux dans l’abribus
Relis tes mots sculptés… Face au mutisme de la multitude
Attila József… Arpenteur du sensible.

Train des enfants grinçant sous le ciel de neige
Nez rouge et joues glacées.
L’ouest et décembre se sont envolés
Pour cette année, nous partirons d’ici…
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Dimanche 29 novembre 2009 7 29 /11 /2009 14:01



Route de
Quang Tri, bâtons d’encens, infinie lumière,
Je joue avec une sauterelle, nuages de poussière.
Que reste-t-il de la Rivière des parfums ?
Je cherche entre les rives le peuple des Sa
mpans…

Partir est un devoir, déjà ! Un autre chemin,
Hanoi ou Berlin, ailleurs… Plus loin…

Partir est un espoir, enfin ! Un autre destin,
A Saigon, il pleut sous la bâche de plastique.

Je macule d’encre noire un carnet infini,
Des yeux, tes yeux, ta main sur mon épaule.
L’envie de revenir ou l’espoir de rester…

Voici qu’arrive l’heure de boucler son bagage
Pour découvrir toujours… Encore… D’autres lieux,
D’autres reflets, d’autres réponses,
D’autres questions sans certitudes…

Un nomade, un sceptique,
Comme une ombre su
r la terre…
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