Jeudi 10 juin 2010
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15:49
Des fragrances poivrées tournoient en lisière de la cité
Ondulant vers un territoire où ne subsiste aucun soupçon
Des tribus mercenaires séjournent dans le jardin du gouverneur
De vieux bidons d’essence rouillent sous une véranda
Bonjour étrange aurore
Les proscrits déambulent sur la piste vers la capitale
Aucune logique, aucune clémence, pas d’entracte, pas de rémission.
L’espace est fébrile ce matin
Mais nul fugitif ne se posera la question
Je suis accroupi là sur le seuil de la maison
Tenant la main du vieil homme
Il murmure les versets de son enfance voilée
Le démineur hoche la tête et enfile sa chemise
Attendant le signal quand le fracas sera la seule issue
Et le pogrom, l'hideuse débauche d'un improbable épilogue
Dans une ville en tôle et en rouille au seuil d'un monde impensable
Avoir pour un temps la conviction d’une vérité suprême
Avoir encore vingt ans ou trente ans et des mots pleins la bouche
Marcher dans une plaine de terres fécondes
Et se fondre dans l’humanité radieuse
L’espace est fébrile ce matin
Les fugitifs ont cessé leur voyage
Je suis accroupi là sur le seuil de la maison
Caressant la joue du vieil homme
Le patriarche chuchote alors :
« Compagnon, quoi que tu fasses il y a ici une mission à remplir
Quoi que tu fasses un homme quelque part se lève et se met à marcher
Plus fort que l’accomplissement, il y a l’espoir d’arriver au bout.
Tiens-moi la main, Compagnon, parce que je m’en vais
Je continue ma route vers d’autres perspectives
Là où un homme se lève, un peu d’espoir se soulève
Comme la poussière rouge de la piste
Là où un homme tombe, le chemin s’est prolongé
Pas à pas, kilomètre après kilomètre
Déjà au loin, la poussière d’espoir se remet à voler
Tiens-moi la main, Frère et tu verras cela.
La lumière décline vers l’ouest assoupi
Aucun proscrit ne traverse sans laisser son empreinte
Je suis accroupi là sur le seuil de la maison
Veillant sur le vieil homme…
©pascaldufrénoy - Carnet Canailles